Cinéphile m'était conté ...

Cinéphile m'était conté ...

Vu à La Rochelle (3)

2/3 patrimoine, 1/3 avant-première : c'est le cocktail du jour. Avec un trio de films très divers et remarquables, ce qui me ravit.

 

 

Tlamess, Ala Eddine Slim, sortie indéterminée

 

Après la découverte du très singulier The Last of us, le nouveau film du réalisateur tunisien Ala Eddine Slim semble vouloir nous perdre encore davantage, jusque sur les rivages du fantastique. Tout débute pourtant de façon réaliste dans Tlamess mais cela ne dure qu'un moment et il n'y a d'autre choix que de se laisser entraîner dans des paysages inattendus qu'ils soient mentaux ou non. Mais cette fois, le cinéaste, s'il continue à nous parler de solitude et de vie en dehors de la société, va plus loin et prend des risques dans une fable déconcertante où il convoque aussi bien Adam et Eve que Robinson Crusoé et même 2001, Odyssée de l'espace. Contrairement à The Last of us, Tlamess n'est pas muet quoique les moyens de communication subissent parfois quelques aménagements surprenants. Capable d'étirer des scènes au maximum, Ala Eddine Slim est parfois adepte de coupes au noir très brutales. Le film est un objet fascinant et ésotérique mais attention tout de même à ne pas trop opacifier le propos que certains pourraient avoir la tentation de qualifier de "n'importe quoi." Il n'est pas interdit de penser à Weerasethakul, Tlamess donnant l'impression d'une expérimentation d'abord sensitive avant d'être intellectuelle. Il faut juste accepter de se laisser entraîner dans une aventure visuelle et narrative à part et accepter de ne pas chercher à en comprendre le fin mot. Quoiqu'on aimerait bien connaître un peu mieux les intentions du scénario, quand même.

 

Le feu follet, Louis Malle, 1963

 

 

Copie impeccable et projection sur grand écran : c'est une véritable redécouverte du film quand on ne l'a pas revu depuis très longtemps, et seulement dans son salon. Ah, le grain de peau de Ronet et de sa compagne, dans les premières scènes ! Et ce Paris du début des années 60, l'atmosphère des cafés et les voitures de l'époque dans une circulation déjà bien engorgée. "Demain, je me tue" dit le héros mélancolique de cette adaptation plus que parfaite de Drieu. Chronique d'un suicide annoncé, après une vie d'excès, soit un thème qui, on le sait, parlait à Malle et à son acteur principal, dont la prestation est splendide. On peut écrire à l'envi et théoriser sur Le feu follet mais ce ne sont que bavardages. Il est surtout urgent de le (re)voir et exclusivement en salle pour en déguster jusqu'à la lie l'élégance du désespoir.

 

Les proscrits, Victor Sjöström, 1918

 

 

Tiré d'une histoire islandaise se passant au milieu du XIXe siècle et tourné en grande partie dans les décors naturels de Laponie, Les proscrits marque le début de la période créatrice la plus féconde de Victor Sjöström. Découpé en 7 parties très homogènes, le film raconte un grand amour qui ne peut se vivre qu'en dehors de la communauté villageoise qui poursuit les deux amants de leur vindicte. On n'est pas si loin de Borzage et des merveilles romantiques et tragiques de la fin du muet. Un siècle après sa sortie, Les proscrits enthousiasme par sa mise en scène qui maîtrise les flashbacks à la perfection et sa grande pureté narrative. Le film est moins connu que La charrette fantôme ou Le vent mais il est leur égal dans la splendeur visuelle. Un hymne à l'amour et à la nature qui tutoie parfois le sublime. A découvrir si possible sur grand écran et avec accompagnement musical.

 



30/06/2019
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